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Bébé Vallée
3-5 ans

Taolette découvre le jardin enneigé

Au réveil, Taolette trouve le jardin couvert de neige et ne reconnaît plus ses petits repères. Avec sa grand-mère, elle apprend à regarder, écouter et découvrir ce que l’hiver a transformé.

À lire en 4 minutes

Ce matin-là, Taolette ouvrit les yeux. La lumière était douce et blanche. Dans la maison, tout semblait calme. Elle s’approcha de la fenêtre, le nez contre la vitre. Le jardin avait changé. Les fleurs, les cailloux et le petit banc dormaient sous une grande couverture brillante.

« Oh… où est mon jardin ? » murmura Taolette. Elle aimait courir entre les herbes et saluer le vieux pot bleu. Aujourd’hui, tout était blanc. Le chemin avait disparu. Les buissons portaient des petits chapeaux ronds. Même la barrière semblait toute douce.

Taolette enfila son manteau, son bonnet et ses bottes. Sa grand-mère lui tendit une écharpe bien chaude. « Nous pouvons regarder ensemble », dit-elle. Taolette prit sa patte. Dehors, la neige fit froufrou sous leurs pas. Froufrou, froufrou. Chaque pas laissait une petite marque.

Près de la porte, Taolette s’arrêta. Elle cherchait le pot bleu. Il était toujours là, sous un coussin de neige. Seule sa petite anse dépassait. Taolette la toucha du bout de la patte. « Coucou, pot bleu. Je t’ai retrouvé. » Sa grand-mère sourit tout près d’elle.

Elles avancèrent lentement. Le vieux banc avait un dos blanc et rond. La branche basse portait des perles glacées. Quand le vent soufflait, elles tintinnabulaient doucement. Ting, ting, ting. Taolette leva les oreilles. Le jardin avait de nouveaux sons.

Tout à coup, Taolette aperçut trois petites traces dans la neige. Elles allaient du rosier jusqu’au tas de bois. « Qui est passé ici ? » demanda-t-elle. Sa grand-mère s’accroupit. « Regardons les traces, puis cherchons leur chemin. » Taolette suivit les petits creux, un à un.

Les marques conduisaient jusqu’à une touffe d’herbe sèche. Là, un moineau sautillait. Il picorait quelques graines tombées près du mur. Ses pattes faisaient tic, tic sur la neige dure. Taolette resta immobile. Le petit oiseau pencha la tête, puis s’envola dans un doux battement d’ailes.

Un peu plus loin, la mare était cachée sous une fine pellicule de glace. Taolette aperçut son reflet, tout rond, dans un coin encore libre. Elle souffla sur la surface. Une petite buée dansa devant son museau. « Bonjour, petite buée », chuchota-t-elle. Sa grand-mère lui répondit : « Bonjour, hiver. »

Taolette voulut courir jusqu’au pommier. Ses bottes s’enfoncèrent dans la neige molle. Plouf ! Elle s’assit et regarda ses pattes blanches. Le jardin lui semblait immense. Sa grand-mère s’installa à côté d’elle. « Nous pouvons faire une pause. Écoutons avant de continuer. »

Alors Taolette ferma les yeux. Elle entendit le vent dans les branches. Ffff… Elle entendit une goutte tomber du toit. Ploc. Elle entendit le froissement de l’écharpe de sa grand-mère. Tout près, tout doux. Le jardin blanc n’était plus silencieux. Il racontait son matin.

Elles fabriquèrent ensuite un petit chemin de pas. Un pas pour Taolette. Un pas pour sa grand-mère. Froufrou, froufrou. À chaque marque, Taolette retrouvait un endroit connu : le pommier, la barrière, la jardinière. Le jardin reprenait peu à peu sa forme dans ses yeux.

Quand leurs oreilles furent fraîches, elles rentrèrent boire un lait tiède. Taolette posa ses bottes près de la porte. De la fenêtre, elle regarda encore le jardin. Le pot bleu brillait. Le banc reposait. Les traces du moineau traversaient la neige. Taolette se blottit contre sa grand-mère.

« Demain, nous regarderons encore ? » demanda Taolette. « Oui, tout doucement », répondit sa grand-mère. Dehors, la neige continuait de tomber. Flocon après flocon. Dans la maison chaude, Taolette ferma les yeux. Froufrou, froufrou. Le jardin blanc veillait sur son sommeil.