Bébé prématuré : le témoignage de Bénédicte
Bénédicte a accouché très tôt dans sa grossesse, alors qu’aucun facteur de risque particulier n’avait été repéré. Son fils Thomas pesait 670 g et a passé près de trois mois en néonatologie, entouré de soins médicaux et de gestes progressivement partagés avec ses parents.
Mis à jour le 8 min de lecture

Sommaire10 parties
Une grossesse jusque-là sans alerte
Bénédicte avait 31 ans et raconte une grossesse jusque-là normale, sans antécédent particulier ni risque identifié d’accouchement prématuré. Une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée peut pourtant survenir sans cause retrouvée, même si certaines situations augmentent le risque, comme une grossesse multiple, une infection, une anomalie du placenta, une rupture prématurée des membranes ou un antécédent de prématurité.
À l’époque, elle a perdu les eaux après un choc émotionnel, puis ressenti des contractions et observé des pertes de sang. Les émotions fortes peuvent accompagner le début des symptômes, mais elles ne permettent pas à elles seules d’expliquer une rupture de la poche des eaux. Toute perte de liquide, tout saignement ou toute contraction régulière pendant la grossesse justifie un appel à la maternité.
À l’hôpital, l’examen a montré que le col était ouvert et que la poche des eaux était rompue. Elle a été transférée vers une maternité disposant d’une réanimation néonatale, afin que l’équipe spécialisée puisse prendre en charge le bébé dès sa naissance si nécessaire.
- La prématurité correspond à une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée.
- Elle est dite grande entre 28 et 31 semaines d’aménorrhée, selon les classifications utilisées.
- Une rupture des membranes peut se produire sans contractions au début.
- Le transfert vers un service spécialisé dépend du terme, de l’état de la mère et du bébé.
Deux jours gagnés avant la naissance
Bénédicte a reçu un traitement pour diminuer les contractions, ainsi que des injections de corticoïdes avant la naissance. Ces corticoïdes accélèrent la maturation de plusieurs organes, en particulier les poumons, et réduisent certains risques liés à une naissance très prématurée. Leur indication et leur calendrier sont décidés par l’équipe selon le terme et la situation médicale.
Après deux jours de stabilité, le travail a repris. Bénédicte décrit un moment irréel, avec l’impression que son bébé ne pouvait pas encore naître. Cette réaction est fréquente lorsque l’accouchement survient brutalement, sans préparation psychologique ni matériel installé à la maison.
Thomas est né rapidement et a été pris en charge par l’équipe de néonatologie. À ce terme, les professionnels peuvent devoir vérifier immédiatement la respiration, la température, la circulation et la glycémie. Le bébé peut ensuite être placé dans une couveuse ou sous une autre aide thermique et respiratoire, selon ses besoins.
Les premiers jours en néonatologie
Thomas pesait 670 g à la naissance. Son poids ne suffit pas à prévoir son évolution, car les soins dépendent aussi du terme, de la respiration, de la maturation neurologique, des infections éventuelles et de la capacité à s’alimenter.
Des électrodes surveillaient son rythme cardiaque et un capteur placé au pied mesurait la saturation en oxygène. Une sonde gastrique permettait de lui donner le lait lorsque la coordination entre succion, déglutition et respiration n’était pas encore suffisamment efficace. Certains bébés reçoivent aussi une nutrition par voie intraveineuse au début.
Thomas a connu un choc septique et a dû être intubé et traité par antibiotiques. Une infection sévère peut apparaître rapidement chez un nouveau-né très prématuré, dont les défenses immunitaires sont immatures. L’intubation aide à assurer la respiration pendant la période critique, avec une surveillance continue.
Les parents ont progressivement participé aux soins, selon la stabilité de leur enfant et les règles du service. Parler doucement, poser une main contenante, changer la couche ou réaliser un soin du visage peuvent soutenir le lien lorsque l’équipe les juge adaptés. Les gestes sont toujours guidés par les soignants, car un bébé très prématuré se fatigue vite.
Créer sa place de parent malgré les machines
Pendant les premières semaines, Bénédicte ne pouvait pas prendre Thomas dans ses bras. Elle a tiré son lait, qui lui était donné par sonde. Le lait maternel peut être proposé à un bébé prématuré lorsque la mère souhaite allaiter et que l’équipe l’accompagne, parfois après expression et adaptation aux besoins médicaux. Un bébé nourri avec du lait infantile bénéficie lui aussi d’une prise en charge adaptée, sans jugement porté sur le choix familial.
Le peau à peau peut être proposé avant la sortie, parfois dès les premiers jours, lorsque l’état respiratoire et circulatoire du bébé est suffisamment stable. Il se fait avec un parent torse nu, le bébé installé verticalement contre lui et surveillé par l’équipe. Le moment dépend du bébé, de la mère, du père ou de l’autre parent, et de l’organisation du service.
Bénédicte explique que tirer son lait lui donnait une action concrète dans les soins de son fils. D’autres parents trouvent leur place en participant aux changes, en lisant une histoire, en prenant des photos pour garder une trace ou en restant simplement près de l’incubateur. La relation se construit aussi quand le parent apprend les signes de fatigue, de confort et d’éveil de son bébé.
Les remarques de l’entourage peuvent blesser, même lorsqu’elles partent d’une bonne intention. Une mère qui vient d’accoucher peut se sentir séparée de son enfant, coupable, inquiète ou incapable de se reconnaître dans son rôle. Une phrase utile peut être : « Je pense à vous, dites-moi ce qui vous aiderait aujourd’hui. »
La sortie se prépare avec l’équipe
Thomas est resté à l’hôpital près de trois mois, du 26 avril au 19 juillet. La durée d’hospitalisation varie beaucoup. Elle dépend notamment de la respiration, de la température, de l’alimentation et de la prise de poids. Avant la sortie, un bébé doit généralement maintenir sa température hors couveuse, respirer de façon suffisamment stable et boire ou recevoir son alimentation dans des conditions compatibles avec le retour à domicile.
L’annonce d’une sortie prochaine peut provoquer une nouvelle inquiétude. Les parents passent d’un environnement très surveillé à une maison où aucun moniteur ne sonne pour les rassurer. La préparation comprend les rendez-vous de suivi, les consignes d’alimentation, les signes d’alerte, le couchage sécurisé et les coordonnées à appeler en cas de doute.
À la maison, le bébé dort sur le dos, dans son propre lit, sur un matelas ferme, sans oreiller, couverture épaisse, tour de lit ni objet mou. La température de la chambre est généralement située autour de 18 à 20 °C. Le tabac doit rester à l’extérieur du logement et des vêtements portés pendant la cigarette ne doivent pas être remis immédiatement contre le bébé.
L’âge corrigé aide à interpréter certains progrès. Il correspond à l’âge réel diminué du nombre de semaines manquantes jusqu’à 40 semaines d’aménorrhée. Les professionnels l’utilisent souvent pour le développement pendant les deux premières années, avec une appréciation individualisée. L’alimentation diversifiée ne doit pas être commencée automatiquement à un âge fixe pour tous les bébés prématurés : le médecin ou la puéricultrice tient compte du terme, de la croissance et des compétences de l’enfant.
Grandir après une naissance très prématurée
Dans son récit, Bénédicte indique que Thomas n’a pas présenté de séquelle repérée et qu’il était scolarisé à 9 ans. Cette évolution appartient à son histoire familiale. Les corticoïdes reçus avant la naissance ont probablement contribué à réduire certains risques respiratoires, mais ils ne permettent pas de prédire à eux seuls le développement d’un enfant.
Les enfants nés très prématurément bénéficient d’un suivi coordonné, dont le contenu varie selon leur terme et leur parcours. Il peut associer pédiatre, médecin traitant, protection maternelle et infantile, professionnels de rééducation, orthophoniste, psychomotricien ou ophtalmologiste. Les consultations surveillent la croissance, la vision, l’audition, le langage, la motricité, le sommeil et les apprentissages.
Une grossesse ultérieure peut être davantage surveillée après une naissance prématurée. Le suivi peut commencer tôt et inclure des mesures du col, une recherche de facteurs de risque et un calendrier de consultations adapté. Un cerclage n’est indiqué que dans certaines situations précises, après évaluation médicale.
Le parcours de néonatologie laisse parfois des traces chez les parents, plusieurs mois après le retour à la maison. Des images intrusives, un sommeil très perturbé, une tristesse persistante ou une peur qui empêche de s’occuper de soi méritent d’être abordés avec une sage-femme, un médecin, un psychologue ou l’équipe qui a suivi le bébé.
Quand consulter ?
- Pendant la grossesse, appelez la maternité le jour même en cas de perte de liquide, saignement, contractions régulières ou douloureuses, pression pelvienne inhabituelle ou diminution nette des mouvements du bébé.
- Appelez le 15 ou le 112 en cas de saignement abondant, douleur intense, malaise, difficulté à respirer ou urgence vitale.
- Pour un bébé de moins de 3 mois, une température de 38 °C ou plus impose un avis médical rapide, sans donner de médicament sans conseil professionnel.
- À tout âge, consultez rapidement si le bébé respire difficilement, devient bleu ou très pâle, fait des pauses respiratoires, boit nettement moins, vomit de façon répétée, mouille beaucoup moins ses couches ou paraît inhabituellement difficile à réveiller.
Questions fréquentes
À partir de quand parle-t-on de prématurité ?
On parle de prématurité lorsque la naissance survient avant 37 semaines d’aménorrhée. La grande prématurité concerne généralement les naissances entre 28 et 31 semaines, et l’extrême prématurité celles avant 28 semaines.
Peut-on prendre un bébé très prématuré dans les bras ?
Souvent oui, lorsque son état est stable. Le peau à peau et le portage sont décidés avec l’équipe, qui vérifie la respiration, la circulation, la température et la tolérance du bébé. Certains jours, un contact de la main ou de la voix sera plus adapté.
Combien de temps un bébé prématuré reste-t-il hospitalisé ?
La durée varie selon le terme et l’état de santé. Beaucoup de sorties se préparent autour de la période où le bébé aurait dû naître, mais certains rentrent plus tôt et d’autres plus tard. Le poids seul ne fixe pas la date de sortie.
L’âge corrigé doit-il être utilisé pour tous les apprentissages ?
Il aide à interpréter le développement, surtout durant les deux premières années, mais chaque enfant évolue à son rythme. Pour la diversification, le sommeil ou une inquiétude sur les acquisitions, demandez un repère personnalisé au médecin ou à la puéricultrice.
Testez-vous
3 questions sur cette page. Choisissez une réponse pour lire l’explication.
Sources
- ameli.fr, Prématurité ameli.fr
- Haute Autorité de Santé, recommandations sur le suivi des nouveau-nés vulnérables has-sante.fr
- Santé publique France, Les 1000 premiers jours 1000-premiers-jours.fr
- Ministère de la Santé, recommandations sur le couchage du nourrisson sante.gouv.fr
- Société française de néonatologie societe-francaise-neonatologie.fr
Mis à jour le , d’après les recommandations françaises en vigueur. Ces informations générales ne remplacent pas une consultation.
À lire aussi
- SantéComment aider son bébé né prématurémentPeau à peau, soins, alimentation, sortie et suivi : les repères actuels pour accompagner votre bébé prématuré en néonatologie et à la maison.8 min de lecture
- SantéComment les prématurés sont-ils accueillis à la maternité ?Niveaux de maternité, couveuse, alimentation, peau à peau et sortie : les repères actuels pour comprendre l’accueil d’un bébé prématuré.8 min de lecture
- Vivre sa grossessePrématurité à 24 semaines : quelle prise en charge ?À 24 semaines, la prématurité demande une équipe spécialisée. Anticipation, soins néonatals, place des parents et signes nécessitant un appel.7 min de lecture
- Vivre sa grossessePrématurité : repérer les risques et les signesContractions, perte de liquide ou saignements : apprenez à repérer les signes de prématurité et à comprendre le suivi, les traitements et le transfert.7 min de lecture