Quand une grossesse s’interrompt : comprendre et être aidée
Une fausse couche, une grossesse extra-utérine, une IVG, une IMG ou une mort fœtale peuvent interrompre une grossesse dans des contextes très différents. Le vécu émotionnel mérite une écoute réelle, pour la femme enceinte, son ou sa partenaire et les enfants déjà présents. Publié chez Fayard, le livre Quel âge aurait-il aujourd’hui, du psychiatre Stéphane Clerget, avait contribué à rendre ces douleurs plus visibles.
Mis à jour le 7 min de lecture

Sommaire10 parties
- Une grossesse peut s’arrêter de plusieurs façons
- La fausse couche n’est généralement pas causée par un geste
- Les soins dépendent du diagnostic
- Le chagrin peut prendre des formes très différentes
- Parler aux frères et sœurs avec des mots concrets
- Après l’interruption, retrouver des repères
- Quand consulter ?
- Questions fréquentes
- Testez-vous
- Sources
Une grossesse peut s’arrêter de plusieurs façons
Le terme interruption de grossesse recouvre des situations médicales et personnelles différentes. La fausse couche correspond à l’arrêt spontané d’une grossesse avant 22 semaines d’aménorrhée, soit environ 20 semaines de grossesse. La grossesse extra-utérine se développe en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une trompe, et demande une prise en charge rapide.
L’interruption volontaire de grossesse, ou IVG, est une décision de la personne enceinte dans le cadre prévu par la loi. L’interruption médicale de grossesse, ou IMG, peut être proposée lorsque la poursuite de la grossesse met gravement en danger la santé de la femme ou lorsque le fœtus présente une affection d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic. La mort fœtale in utero désigne le décès du fœtus après un certain terme de grossesse, avant la naissance.
Ces événements n’ont ni les mêmes causes, ni les mêmes soins, ni le même vécu. Une personne peut ressentir du chagrin après une grossesse désirée, une IVG, une grossesse arrêtée pour raison médicale ou une grossesse extra-utérine. Les émotions ne dépendent pas d’une seule décision ou de la durée de la grossesse.
La fausse couche n’est généralement pas causée par un geste
Les fausses couches précoces concernent environ 10 à 15 % des grossesses cliniquement reconnues, selon les sources et la manière de compter. Beaucoup surviennent avant même que la grossesse soit confirmée par une échographie. Le chiffre ancien de plus d’une grossesse sur deux interrompue avant son terme mélangeait des situations différentes et ne permettait pas d’informer correctement.
Au premier trimestre, la cause la plus fréquente est une anomalie chromosomique de l’embryon apparue au moment de la conception. Elle empêche son développement et n’est habituellement liée ni à un rapport sexuel, ni à un trajet en voiture, ni au fait d’avoir travaillé, porté des courses ou ressenti une émotion forte.
Une fausse couche ne signifie pas que vous ne pourrez pas avoir d’enfant. Après une fausse couche isolée, la majorité des femmes auront ensuite une grossesse évolutive. Des examens complémentaires peuvent être proposés lorsque les fausses couches se répètent ou selon le contexte médical. Le médecin ou la sage-femme adapte alors le bilan à votre histoire.
- Des saignements ne signifient pas toujours une fausse couche, mais ils doivent être évalués pendant la grossesse.
- Une grossesse extra-utérine peut provoquer peu de saignements et une douleur localisée d’un seul côté.
- La cause précise reste parfois inconnue malgré les examens.
- Aucun parent ne doit être rendu responsable d’une grossesse arrêtée.
Les soins dépendent du diagnostic
En cas de saignements ou de douleurs, l’évaluation peut comprendre un examen, une échographie et parfois des prises de sang répétées. Une grossesse très précoce n’est pas toujours visible immédiatement à l’échographie. Le délai dépend du terme estimé, du taux d’hormone de grossesse et des symptômes.
Lorsque la fausse couche est confirmée, plusieurs options peuvent être discutées selon le terme, les saignements, l’échographie et votre préférence. L’attente d’une expulsion spontanée, un traitement médicamenteux ou une intervention peuvent être proposés. L’équipe explique les bénéfices, les effets attendus et les signes qui doivent conduire à consulter.
Une grossesse extra-utérine nécessite une surveillance médicale étroite et parfois un traitement médicamenteux ou chirurgical. Une IMG ou une mort fœtale in utero s’accompagne d’un parcours médical et administratif particulier, avec des temps de discussion, d’accompagnement et de décision. Vous pouvez demander que les informations soient répétées et être accompagnée par la personne de votre choix lorsque les conditions du service le permettent.
Le chagrin peut prendre des formes très différentes
Après une grossesse interrompue, vous pouvez ressentir de la tristesse, de la colère, de la culpabilité, un soulagement, un engourdissement ou plusieurs émotions dans la même journée. Ces réactions ne suivent pas un calendrier fixe. Les changements hormonaux, la fatigue, les douleurs et le retour à la maison peuvent accentuer le sentiment de vide.
Le terme de deuil périnatal est utilisé pour parler de la perte d’un bébé pendant la grossesse ou autour de la naissance. Il ne suppose pas que toutes les personnes vivent l’événement de la même manière. Certaines ont besoin de parler immédiatement, d’autres préfèrent garder leurs souvenirs privés pendant quelque temps.
Un soutien psychologique peut être demandé à la maternité, auprès d’une sage-femme, d’un médecin, d’un psychologue ou d’une association spécialisée. Une consultation devient particulièrement utile si la tristesse, l’angoisse, les cauchemars, l’irritabilité ou l’isolement durent plusieurs semaines, empêchent de dormir ou compliquent les gestes du quotidien.
Les proches peuvent aider avec des phrases simples : « Je pense à vous », « Je peux vous accompagner au rendez-vous » ou « Vous pouvez m’en parler quand vous le souhaitez ». Les remarques qui minimisent la perte, comme « vous êtes jeune » ou « vous aurez un autre bébé », peuvent blesser même lorsqu’elles partent d’une bonne intention.
Parler aux frères et sœurs avec des mots concrets
Un jeune enfant perçoit souvent les changements de rythme, la tristesse ou les rendez-vous médicaux. Il peut croire qu’il est responsable, surtout s’il avait exprimé de la colère ou de la jalousie avant l’événement. Il peut aussi poser la même question plusieurs fois pour vérifier qu’il a bien compris.
Expliquez avec des mots adaptés à son âge : « Le bébé était dans le ventre, son corps ne pouvait pas continuer à grandir et il est mort. Ce n’est la faute de personne. » Pour un enfant de moins de 6 ans, évitez les expressions comme « il s’est endormi » ou « il est parti », qui peuvent créer une peur du sommeil ou de la séparation.
L’enfant peut avoir besoin d’un dessin, d’une photo, d’un prénom, d’un petit rituel ou de ne rien faire du tout. Vous pouvez lui dire qui s’occupera de lui pendant les rendez-vous et maintenir autant que possible ses horaires de repas, de crèche et de coucher. Une régression, des colères ou des troubles du sommeil peuvent apparaître temporairement.
Après l’interruption, retrouver des repères
Les saignements et les douleurs doivent être suivis selon les consignes données par l’équipe. Le retour des règles varie, souvent en quelques semaines, et une ovulation peut survenir avant ces premières règles. Une contraception peut donc être nécessaire dès que vous souhaitez éviter une nouvelle grossesse.
Après une fausse couche, le moment d’un nouveau projet de grossesse se discute selon votre état physique, votre vécu et les recommandations de l’équipe. Après une grossesse extra-utérine, une IMG ou des fausses couches répétées, un suivi spécifique peut être proposé. La reprise d’une grossesse n’efface pas la précédente et peut réveiller l’inquiétude à chaque échographie ou date anniversaire.
En France, les démarches concernant l’état civil, le congé, les obsèques ou l’inscription d’un enfant né sans vie dépendent notamment du terme et des documents médicaux disponibles. La maternité, la mairie et l’Assurance maladie peuvent préciser les droits applicables à votre situation. Demander une trace, un temps d’au revoir ou une information écrite relève de votre choix.
Quand consulter ?
- Saignements pendant la grossesse, même sans douleur : contactez rapidement une sage-femme, un médecin ou la maternité.
- Douleur abdominale intense, persistante ou localisée d’un seul côté : consultez sans attendre, car une grossesse extra-utérine doit être écartée.
- Malaise, perte de connaissance, faiblesse importante, essoufflement ou saignement très abondant : appelez le 15 ou le 112.
- Fièvre, frissons, douleurs qui augmentent ou pertes malodorantes après une fausse couche ou une intervention : contactez la maternité ou un médecin dans la journée.
- Tristesse profonde, anxiété, isolement, impossibilité de dormir ou idées suicidaires : demandez un rendez-vous rapidement ; appelez le 3114 en cas d’idées suicidaires.
Questions fréquentes
Une fausse couche est-elle forcément due à quelque chose que j’ai fait ?
Non. Au premier trimestre, elle est le plus souvent liée à une anomalie chromosomique apparue lors de la conception. Les rapports sexuels, une activité habituelle ou une émotion forte ne sont généralement pas en cause.
Quand faut-il consulter en cas de saignements pendant la grossesse ?
Contactez rapidement votre sage-femme, votre médecin ou la maternité, même si les saignements sont modérés. Appelez le 15 ou le 112 en cas de malaise, douleur intense, saignement très abondant, essoufflement ou douleur d’un seul côté avec faiblesse.
Comment annoncer une grossesse interrompue à un enfant ?
Utilisez des mots concrets et courts, adaptés à son âge. Dites que le bébé est mort ou que son corps ne pouvait pas continuer à grandir, puis répétez que l’enfant n’y est pour rien.
Peut-on être très triste après une IVG ou une IMG ?
Oui. Le vécu dépend de l’histoire, du désir d’enfant, des circonstances et du soutien reçu. La tristesse, le soulagement, la colère ou des émotions mélangées peuvent survenir sans remettre en cause la décision prise.
À qui demander un soutien psychologique ?
Vous pouvez vous adresser à la maternité, à une sage-femme, à votre médecin, à un psychologue ou à une association de deuil périnatal. En cas d’idées suicidaires, appelez le 3114, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
Testez-vous
3 questions sur cette page. Choisissez une réponse pour lire l’explication.
Sources
- ameli.fr, Fausse couche et grossesse extra-utérine ameli.fr
- Haute Autorité de santé, recommandations et parcours autour du deuil périnatal has-sante.fr
- Santé publique France, Les 1000 premiers jours 1000-premiers-jours.fr
- Service-Public.fr, interruption médicale de grossesse et démarches liées à l’enfant sans vie service-public.fr
- Ministère de la Santé, prévention du suicide et numéro national 3114 3114.fr
Mis à jour le , d’après les recommandations françaises en vigueur. Ces informations générales ne remplacent pas une consultation.
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