J’ai accouché d’un bébé prématuré


Ce témoignage fait partie de notre grand dossier “Prématurité : un bébé avant l’heure


Mai 2008


Bénédicte Bouvier a accouché à 5 mois ½ de grossesse. Son bébé, qui pesait 670 g à la naissance, a passé trois mois en couveuse dans un service de néonatalité avant de pouvoir retrouver ses parents.



Bébévallée : Aviez vous des risques d’accouchement prématuré ?

 

Bénédicte : Aucun ! Ma grossesse était jusque là tout à fait normale, j’avais 31 ans, pas d’antécédent particulier. Aucune raison apparente d’accoucher à 5 mois et demi de grossesse.

 

Qu’est-ce qui a déclenché le travail ?

 

J’étais à mon bureau quand j’ai appris une nouvelle qui m’a donné un choc. J’ai perdu les eaux peu après, sans m’en rendre compte. J’ai eu des contractions dans la nuit et je me suis vraiment inquiétée en voyant des pertes de sang. Mon mari m’a conduite à l’hôpital. Là, on m’a dit que le col était ouvert, la poche des eaux rompue, ce qui impliquait une réelle menace d’accouchement prématuré. On m’a alors transférée à la maternité de Port Royal, où se trouve un service de réanimation néonatale. J’ai été placée sous perfusion pour arrêter les contractions. On m’a aussi fait des injections de corticoïdes pour accélérer la maturation cérébrale et pulmonaire du bébé, au cas où … Et en effet, après deux jours calmes, le travail a commencé dans la nuit de dimanche à lundi.

 

Comment s’est passé la naissance ?

 

Cette nuit-là, j’ai senti d’importantes contractions et j’ai appelé la sage-femme. Quand elle m’a annoncé que le bébé allait naître, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je me disais : « Ce n’est pas possible, c’est trop tôt ». J’avais la sensation d’être dans un cauchemar.
Mais j’étais bien dans la réalité. On m’a descendue en salle de travail et mon bébé est né très vite, en trois poussées. J’ai à peine eu le temps d’apercevoir un tout petit être dans les bras de l’interne avant qu’il ne soit emporté pour être placé en couveuse. Je ne savais même pas si c’était une fille ou un garçon ! Heureusement, mon mari a assisté aux premiers soins de Thomas, puisque c’était un garçon. J’ai enfin pu le voir en fin d’après-midi. Thomas pesait 670 g. Il dormait, tout fin, tout menu… Il ressemblait plus à une petite poupée qu’à un bébé potelé. Je n’ai pu le prendre dans mes bras que cinq semaines plus tard. En revanche, je tirais mon lait qui lui était donné avec une sonde gastrique.

 

Comment avez-vous vécu cette période où votre enfant était en couveuse ?

 

J’ai délibérément essayé d’écarter de mon esprit les pensées qui pouvaient me détruire. Chaque jour de passé était un jour de gagné, et j’avançais ainsi, en essayant de me concentrer sur les bonnes nouvelles : il a bien mangé, il respire, il n’a pas fait de malaise, etc. Je me disais que Thomas était à l’endroit qui était le meilleur pour lui. « Il faut qu’il vive, les câlins, c’est pour plus tard ! ». Je voyais cette période en couveuse comme un intermédiaire entre mon ventre, dans lequel il aurait encore dû se trouver, et le moment où je pourrai le tenir dans mes bras normalement. En fait, je ne sentais pas que j’abandonnais mon bébé à l’hôpital, puisque je n’étais pas censée l’avoir mis au monde à cette date. Oui, c’est cela : je ne me représentais pas encore en maman, mais plutôt comme une femme qui poursuivait sa grossesse d’une autre façon. Devenir maman à travers une couveuse, pas facile…
C’était ma façon d’avancer, pour ne pas craquer... Et j’étais très vulnérable aux remarques maladroites de certaines personnes qui me demandaient ingénument : « Ça te fait quoi d’être Maman ? ou « Alors, tu ne peux pas le prendre dans tes bras ? ». J’avais aussi du mal à croiser des femmes enceintes ou des bébés en poussettes dans la rue...

 

Combien de temps votre enfant est-il resté à l’hôpital ?

 

Près de trois mois, du 26 avril au 19 juillet. J’allais le voir tous les jours, une fois dans l’après-midi et puis le soir, avec son papa. Ma hantise, en arrivant à l’hôpital, était d’apprendre une mauvaise nouvelle. C’est arrivé une seule fois. Thomas a fait un choc septique et on a dû l’intuber et le mettre sous antibiotiques. Il s’en est vite et bien sorti, heureusement...

 

Quels types de soins recevait-il ?

 

On surveillait son rythme cardiaque par des électrodes, et sa saturation en oxygène au moyen d’une pince accrochée à son pied. Il avait aussi une minuscule sonde gastrique pour être nourri, car il n’avait pas encore acquis le mécanisme de la déglutition. Sinon, il était baigné, massé, huilé, comme tous les bébés. Petit à petit, nous avons pu être associés à certains soins, comme les soins du visage, le change, puis le bain, etc.

 

Pouviez-vous le prendre dans vos bras ?

 

Non, pas pendant les cinq premières semaines. En juin, j’ai pu l’avoir contre moi : c’était un très beau moment, je me souviens d’une toute petite main qui s’accrochait à mon soutien-gorge. Il avait une toute petite tête. Il ne pesait encore que 1,4 kg à cette époque. Mais l’environnement était encore très médical, je devais agir avec prudence. Le lien le plus organique que j’avais avec Thomas, c’était de tirer mon lait pour le nourrir. Pour moi, c’était un facteur d’équilibre important. Par ce geste, je n’étais pas seulement spectatrice de mon fils, mais actrice de son développement. Son Papa et moi pouvions le caresser, lui parler, chanter doucement pour le bercer...

 

Comment s’est passé le retour à la maison ?

 

Bizarrement, cela n’a pas été un moment facile. Avec tant d’incertitudes sur son développement, nous n’avions pas préparé les affaires de Bébé ! En juillet, Thomas a été transféré dans un autre hôpital où le contact avec le personnel soignant a été moins chaleureux qu’à Port-Royal. Le 12 juillet, on nous a annoncé que Thomas allait sortir dans deux jours, et cela a été la panique : rien n’était prêt à la maison... Mais une fois chez nous, tout s’est passé normalement. Nous sommes partis en vacances en septembre, c’était merveilleux. La seule différence par rapport aux bébés nés à terme, c’était qu’il fallait calculer ses étapes de développement en âge corrigé. Par exemple, il a commencé la diversification alimentaire à 9 mois, etc. Il a rattrapé la courbe staturo-pondérale vers 3 ans.

 

A-t-il eu des séquelles de sa prématurité ?

 

Aucune, grâce à Dieu ! Il a pu bénéficier pleinement des effets protecteurs des injections de corticoïdes que j’ai reçues pendant les deux jours précédant sa naissance. Aujourd’hui, Thomas a 9 ans, il est en pleine forme, réussit très bien à l’école. C’est un vrai miracle.

 

Avez-vous eu le sentiment que cette naissance précoce a changé quelque chose dans votre relation à lui ?

 

Pas vraiment. Thomas étant mon aîné, j’avais du temps pour lui, j’étais vigilante, mais sans excès. Par exemple, je ne me sentais pas possessive comme peuvent l’être certaines jeunes mamans qui ne supportent pas que d’autres prennent leur bébé dans les bras. En revanche, mes deux grossesses suivantes ont été très surveillées (cerclage), le risque de prématurité était comme une épée de Damoclès au-dessus de nous. Heureusement, tout s’est globalement bien passé : Charles (7 ans) et Ariane (6 mois) sont nés tous deux à terme. Et ils forment avec Thomas une belle fratrie.

 

La rédaction de BébéVallée


Le système nerveux sensoriel des prématurés est immature

Il est facilement saturé par les stimulations auditives, visuelles et tactiles qu’il reçoit dans un environnement extra-utérin. Des programmes visant à diminuer le stress des prématurés sont actuellement en cours de développement dans un certain nombre de maternités pilotes. L’équipe soignante est formée à de nouvelles méthodes de soins.


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