Distilbène : la troisième génération moins touchée
Interview du professeur Michel Tournaire, Maternité, Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, Paris. Auteur de 'Le bonheur d’être mère, la grossesse après 35 ans', éditions Odile Jacob.
Bébévallée : Pourquoi vous êtes-vous intéressé au sujet du Distilbène ?
Pr Michel Tournaire : C’est une hormone qui a été très largement prescrite chez les femmes menacées de fausses couches spontanées entre 1950 et 1977. Ses premiers effets ont été découverts sur la génération suivante dans les années 80. J’ai fait réaliser une étude à ce sujet pour le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français. Aujourd’hui, cette deuxième génération a plus de 33 ans, mais la majorité des femmes concernées ont entre 38 et 45 ans. Elles sont confrontées à des anomalies congénitales au niveau de l’utérus et du col. Environ 10000 grossesses seraient encore à venir.
Quels en sont les effets pour les "filles DES" de deuxième génération ?
Elles sont confrontées à un utérus de petite taille, avec un col également petit et peu résistant et certaines modifications des trompes. Les risques de fausses couches précoces au cours du premier trimestre sont plus élevés (25% au lieu de 15% pour le reste de la population), ainsi que ceux des fausses couches tardives au deuxième trimestre (8 à 10% au lieu de 1%). Il y a également davantage d’accouchements prématurés (20 à 25%). Enfin, elles sont davantage concernées par les troubles de la fertilité et par les grossesses extra-utérines.
Comment peuvent-elles réagir ?
Le mieux est de faire réaliser une échographie, voire une hystérographie pour évaluer l’utérus ainsi que le niveau de risque. Certaines femmes l’ignorent encore, alors qu’il est préférable de bénéficier pour sa grossesse d’un suivi très rapproché dans un service spécialisé. Il existe une consultation dédiée à Strasbourg (1), Grenoble (2) et une à Paris à l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Nous recevons une moyenne de quinze femmes concernées par semaine. Nous sommes souvent amenés à réaliser des cerclages du col de l’utérus à la fin du premier trimestre pour prévenir les fausses couches tardives et les accouchements prématurés. En général, on recommande également beaucoup de repos et un arrêt de travail dès le 2ème trimestre de grossesse.
Quelles sont les conséquences pour la troisième génération ?
La troisième génération est moins touchée. Les garçons ont un risque supérieur de développer un hypospadias : l’ouverture de l’orifice externe de l’urètre est placée un peu plus bas. Quant aux filles, le démarrage des premières règles se ferait avec six mois de retard. Aux Pays-Bas, on a également observé, mais plus rarement, des obstacles au niveau des œsophages à la naissance, mais cela se traite très bien.
(1) CHU de Strasbourg, Professeur Israël Nisand.
(2) CHU de Grenoble, Professeur Jean-Claude Pons.
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