Eviter la confusion des identités
Docteur Didier David, pédopsychiatre à l’Hôpital Necker-Enfants Malades
Bébévallée : Quel lien si particulier unit les jumeaux ou les triplés ?
Didier David : C’est le seul exemple de lien développé "in utero" pendant la grossesse de la mère et qui se poursuit à la naissance. Ces bébés ont l’immense chance de ne pas avoir connu le sentiment de solitude. Quand ils sont trois le lien est plus souple, puisque se créent des jeux d’alliance évolutifs entre eux, alors que les jumeaux restent dans ce lien fixe particulier à deux. Pour autant, chacun doit pouvoir affirmer sa personnalité et apprendre à vivre sans l’autre. C’est particulièrement important pour les vrais jumeaux, dits monozygotes, qui se ressemblent beaucoup. Certains devenus adultes vivent encore ensemble et ne parviennent pas à se séparer, ni à accepter l’introduction de tiers.
Comment les parents doivent-ils gérer ce lien ?
Mieux vaut donc éviter tout ce qui favorise la confusion des identités, comme le fait de les habiller de la même manière ou de les faire dormir dans le même lit. Au cours de la petite enfance, ils passent déjà beaucoup de temps ensemble. L’idéal est de bâtir progressivement un parcours d’individuation pour que chacun puisse affirmer sa différence et ne souffre pas trop d’être séparé momentanément de son jumeau. Cela peut être des temps où l’un des deux ira chez les grands-parents par exemple. Si ce travail n’est pas fait dès le début, alors il sera plus difficile de les séparer par la suite à la crèche, puis à la maternelle pour que chacun vive sa vie.
Quels sont les principaux motifs de consultation ?
A la naissance, la première étape de maternage est très sportive pour les parents et les dépressions sont assez fréquentes. Mais souvent les parents consultent alors qu’il n’y a rien de pathologique chez leurs enfants, ils sont juste un peu dépassés. C’est le cas lors de la période d’opposition des deux ans. Les jumeaux sont une fameuse caisse de résonnance et il faut pouvoir faire face en même temps à ces deux enfants qui vous tiennent tête et, la plupart du temps, se soutiennent mutuellement ! Les réactions de jalousie sont également plus intenses. Les centres d’intérêt étant très proches, chacun voudra le jouet de l’autre. Je conseille souvent aux parents de ne pas s’inscrire dans un mouvement égalitariste. Plus ils voudront leur épargner le sentiment de jalousie, plus ce sentiment deviendra intense et se jouera sur des choses de plus en plus insignifiantes. Ils doivent apprendre à accepter la frustration beaucoup plus tôt. On leur pardonnera également moins de réveils nocturnes : les parents consultent fréquemment pour des troubles du sommeil chez les deux enfants.
Le psychologue René Zazzo avait observé des retards de langage chez les jumeaux qui développaient leur propre jargon, est-ce toujours le cas ?
Non, ses observations étaient réalisées à partir de témoignages d’adultes nés dans les années cinquante. A l’époque, les modes de garde étaient beaucoup moins diversifiés et les jumeaux passaient beaucoup de temps ensemble. C’est moins le cas aujourd’hui : les enfants sont sociabilisés beaucoup plus tôt et je n’ai pas observé de retard de langage chez les jumeaux, notamment lors de la consultation spécialisée dans la gémellité que j’ai assurée pendant dix ans à la PMI de l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul.
La rédaction de BébéVallée
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