Fixer des limites à son enfant
Plus facile à dire qu’à faire : fixer des limites demande beaucoup de savoir-faire et de la disponibilité. On n’est pas trop à deux pour y réfléchir et se mettre d’accord sur l’essentiel.
Expliquer les règles
Pour la psychanalyste Claude Halmos (1), ce qui est essentiel ce n’est pas que « l’enfant obéisse comme un chien dressé, mais qu’il fasse le chemin qui lui permette d’accepter les règles parce qu’il en aura compris le sens et l’utilité ».
Exiger qu’il les respecte
Selon elle, la deuxième étape, c’est d’exiger de l’enfant qu’il respecte les règles et le sanctionner
s'il les transgresse. Sans sanction, observe-t-elle, l’adulte vide rétroactivement de tout sens ce qu’il a dit à l’enfant pour énoncer l’interdit. Il a le sentiment que ce n’est pas important.
La typologie des limites
Les limites n’ont pas toutes la même valeur, analyse le pédopsychiatre Catherine Jousselme, (2) et on peut distinguer :
- Ce qui n’est pas négociable, c’est par exemple, ce qui met en jeu la sécurité de l’enfant quel que soit l’âge : la ceinture de sécurité, les prises électriques…
- Ce qui peut être négociable : le choix de la brosse à dent, le goût du dentifrice…
Pour le sommeil, l’alimentation ou la propreté, estime la psychanalyste Etty Buzyn (3), « l’enfant n’est pas capable de décider ». Il y a également, selon elle, « de grands principes sur lesquels on ne peut pas négocier, comme la politesse, le respect de l’autre ou la vérité ».
Les 5 conditions pour poser des limites
Elles doivent être selon le Pr Catherine Jousselme :
- cohérentes : partagées par les deux parents
- données sur un ton qui ne soit pas agressif
- fiables : identiques d’un jour à l’autre
- adaptées : elles doivent tenir compte des capacités de l’enfant, selon son âge.
- continues : même les jours où nous sommes fatigués...
La sanction
La sanction ne doit pas être violente, ni humiliante pour l’enfant insiste Claude Halmos. Il s’agit de ne pas dire à son enfant, par exemple, qu’il est stupide ou qu’on ne l’aime plus quand il a fait une bêtise. (voir notre article :
Catherine Jousselme préconise, comme Etty Buzyn, le « time out ». On demande à l’enfant d’aller se calmer quelques minutes au coin ou dans sa chambre. Mais il doit rester dans un lieu proche où il n’est pas en insécurité comme dans un placard, sur un palier ou derrière une porte fermée. (voir notre article : Cinq techniques pour réagir aux provocations)
La valeur du « bon exemple »
« Il est difficile d’être crédible auprès de ses enfants si on ne leur donne par le bon exemple » explique le Pr Catherine Jousselme et de s‘interroger : comment leur demander de ne pas insulter les gens, de ne pas crier, de soigner leur vocabulaire si ses parents ne le font pas eux-mêmes ?
La place du père et de la mère
Les avis des Psy sont assez variables sur le sujet.
Aldo Naouri (4) estime que c’est à la mère « de poser les interdits, de les énoncer, de veiller à ce qu’ils soient suivis d’effets », mais il conseille de préserver l’autorité du père en limitant ses interventions pour les grandes occasions.
Claude Halmos, observe pour sa part qu’un enfant doit savoir que son père et sa mère ne sont pas à la même place. Il a besoin que sa mère accepte de situer son père comme celui qui détient l’autorité. Il ne s’agit pas, selon elle, « d’introduire une hiérarchie avec un dominant et un dominé », mais surtout d’introduire un tiers qui permet de sortir du combat à deux. Selon elle, c’est la référence au père qui va initier l’enfant au fonctionnement social.
Pour le psychologue et psychanalyste Daniel Charlemaine (5), la qualité essentielle d’un père c’est de « savoir soulager la mère dans l’apprentissage des limites et de faire usage de son agressivité (en tant qu'autorité pacifiante) quand cela est nécessaire ».
(1) « L’autorité expliquée aux parents », Claude Halmos, entretiens avec Hélène Mathieu, éditions Nil.
(2) « Comment l’aider à… bien intégrer les limites », Pr Catherine Jousselme, Patricia Delahaie, éditions Milan.
(3) « Je t’aime, donc je ne te céderai pas ! », Etty Buzyn, avec la collaboration d’Isabelle Bauer, éditions Albin Michel.
(4) « Eduquer ses enfants, L’urgence aujourd’hui », Aldo Naouri, Editions Odile Jacob.
(5) Interview de Daniel Charlemaine : Soulager la mère dans l’apprentissage des limites
La rédaction de BébéVallée
Pour nombre de professionnels de l’enfance, les messages de la pédiatre et psychanalyste Françoise Dolto ont souvent été mal interprétés par les parents. Le fait de considérer l’enfant comme une personne, d’être davantage à son écoute bloque souvent les parents dans l’exercice de leur autorité. On oublie de dire qu’elle estimait également qu’un enfant avait besoin pour se construire des limites posées par les adultes. C’est ce qu’elle appelait "les fruits de la castration", action qu’elle considérait comme indispensable à tout projet éducatif.
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