Propreté : du temps pour apprendre
Interview de Bernard Bedouret, Pédiatre, expert interrogé dans 'La propreté, conseils et astuces au quotidien', Madeleine Deny, éditions Nathan.
Bébévallée : A partir de quel âge peut-on privilégier la propreté ?
Bernard Bedouret : Jusqu’à un an, l’enfant ne ressent pas ses besoins d’excrétion, mais dès neuf mois, ses mictions deviennent de moins en moins fréquentes, ses horaires plus réguliers. Ce n’est qu’entre un et deux ans qu’il acquiert progressivement une maturation neurologique lui permettant de contrôler les sphincters de la vessie et du rectum. Il commence également à s’intéresser à cet endroit qu’on appelle les toilettes. En Afrique, les mères qui portent leurs bébés sans couches toute la journée, leur proposent régulièrement d’uriner ou d’aller à la selle en leur chantant une chanson et cela marche très bien.
Que pensez-vous des courants psychanalytiques qui conduisent les parents à retarder l’apprentissage de la propreté ?
Il se fait trop souvent aujourd’hui dans l’urgence, à la veille de l’entrée à l’école, alors que l’enfant a besoin de temps pour cet apprentissage. Le change à usage unique à bas prix n’a pas non plus encouragé les parents à démarrer à temps, alors que souvent l’enfant a hâte d’imiter les grands.
Faut-il privilégier une méthode d’apprentissage ?
Non, il vaut mieux éviter de plaquer des méthodes qui conduisent parfois à des blocages et à des problèmes de constipation. Chacun doit trouver sa recette, à partir de l’observation de son enfant. Quand il commence à signaler qu’il a envie ou qu’il vient de faire "pipi" ou "caca", on peut lui proposer d’aller sur le pot deux à trois fois par jour, mais sans exiger de résultat.
Que faire quand l’enfant est plus intéressé par la chasse d’eau ou la brosse des toilettes que par le pot ?
Il est important de rester à ses côtés, de le recadrer gentiment en lui proposant de changer de programme et de revenir plus tard si au bout de quatre/cinq minutes, il ne s’est toujours rien passé.
Que dire pour les échecs ?
Ils sont inévitables. Cela tient à un défaut de concentration, son cerveau n’a pas contrôlé ses sphincters au moment voulu. Il vaut mieux éviter de le brimer ou de le punir. On peut lui dire qu’on le regrette, mais qu’au final ce n’est pas grave.
Quand peut-on retirer sa couche lors de la sieste et la nuit ?
Pour la sieste, il suffit de lui retirer sa couche dès lors qu’il ne la mouille plus. Il ne faut pas oublier bien sûr de lui proposer systématiquement d’aller aux toilettes avant de le coucher. Pour la nuit, c’est plus long à acquérir, le sommeil est plus profond, l’enfant se contrôle moins bien. Mais en général, entre trois et quatre ans, il est prêt. A cinq ans, seuls 10% des enfants continuent à uriner la nuit. Ils sont confrontés à ce qu’on appelle l’énurésie. On ne peut pas leur reprocher quoi que soit, il y a des facteurs génétiques. Il est possible de les aider en les équipant d’un détecteur d’urine communément appelé le "pipi stop". Il possède une sonnerie qui se déclenche en cas d’émission d’urine, l’enfant est réveillé et se contrôle à nouveau, c’est très efficace.
La rédaction de BébéVallée
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