Il vaut mieux éviter de « parler bébé »
Interview d’Elisabeth Taléomas, Orthophoniste
BébéVallée : A partir de quel âge peut-on aider son enfant à parler ?
Elisabeth Taléomas : Cela peut commencer très tôt. On peut solliciter ses sens dès la vie intra-utérine : lui parler, lui faire écouter de la musique. Puis continuer après la naissance. Vers six ou sept mois, dès qu’il commence à babiller, on peut reproduire lallation comme en écho pour l’encourager, noter ses progrès. A partir d’un an, il vaut mieux éviter de « parler bébé ». Dès qu’il commence à prononcer des mots, s’il les déforme, je conseille de le reprendre doucement, en répétant plusieurs fois, mais sans jamais s’acharner pour ne pas le bloquer. L’affectif compte aussi pour beaucoup dans l’apprentissage du langage, il ne faut pas trop intellectualiser et être surtout aimant ou aimante, cela passe aussi par le langage du corps : les sourires, les câlins...
Quels sont les outils à utiliser pour favoriser cet apprentissage ?
Toutes les opportunités sont bonnes pour le stimuler et verbaliser le monde de l’enfant. Il y a les livres bien sûr, mais la simple observation de la vie quotidienne est déjà riche en contenu. On peut aussi imaginer des scènes avec les jouets de l’enfant, lui faire écouter des comptines. Il suffit de s’adresser à lui les yeux dans les yeux, en face à face, dans une situation de dialogue et de jeu. Cela doit rester avant tout ludique. Il faut également savoir être patient : il comprend plus de mots qu’il n’en produit. Si l’enfant a déjà des frères et sœurs, il aura vite accès aux jeux des plus grands et parlera plus tôt que les aînés. Ce qu’il faut éviter, c’est de le laisser seul devant un poste de télévision ou une console de jeux !
A partir de quel âge doit-on s’inquiéter de retard dans l’acquisition du langage ?
Si à l’âge de deux ans, il ne parle pas du tout, il vaut mieux ne pas trop attendre pour consulter et ne pas compter sur l’école pour faire ce travail. L’environnement proche est essentiel : le langage se transmet essentiellement par les parents. Plus l’enfant démarre jeune, plus ses facultés d’apprentissage sont importantes. A un an, c’est déjà une véritable éponge, il est en capacité de répéter plusieurs langues. Dans un premier temps, il est recommandé de vérifier qu’il n’a pas de problème d’audition en réalisant un audiogramme chez un ORL.
Quand les parents ou la nounou parlent une deuxième langue avec l’enfant est-ce un handicap ou une chance ?
Tout dépend comment cela est fait. Peu importe la langue pourvue qu’elle soit parfaitement maîtrisée. Il vaut mieux éviter également de mélanger les langues dans une même conversation et choisir des moments bien précis. On peut très bien imaginer que sa mère lui parle anglais au petit-déjeuner, que sa nounou s’adresse à lui en philippin la journée et que le soir il parle français avec ses deux parents. L’enfant s’y retrouvera. Mais il faut être capable de le corriger quand il commet des erreurs.
La rédaction de BébéVallée
La forme du conduit vocal d’un nouveau-né est proche de celle des primates non humains et ne lui permet pas de produire des sons articulés. Le processus de transformation est long et complexe. Ce n'est qu'à l’âge de cinq/six ans que l’enfant possèdera l’ensemble des organes lui permettant d’articuler tous les sons.
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