Adoption : une démarche individuelle est risquée
Interview de Monsieur Jean-Marie Colombani, auteur du « Rapport sur l’adoption », La Documentation Française
Bébévallée : Y a-t-il une urgence particulière justifiant la réalisation de ce rapport pour le gouvernement ?
Jean-Marie Colombani : Il y a un mécontentement général sur le sujet. La réforme réalisée en 2005 n’a pas porté ses fruits. Résultat : il y a un déséquilibre de plus en plus grand entre le nombre d’agréments attribués qui sont en progression et, au final, le nombre d’enfants adoptés. Actuellement plus de 30.000 familles sont agréées, alors que 4.000 enfants sont adoptés en moyenne chaque année. Dans le même temps, le processus d’agrément est vécu par les familles comme lourd et traumatisant, alors que le processus de sélection est faible : moins de 10% des candidats sont refusés.
Pourquoi les procédures internationales semblent-elles aussi complexes ?
Après l’obtention de l’agrément, il faut ensuite déterminer le pays vers lequel on souhaite se diriger, l’adoption d’enfants français étant devenue de plus en plus marginale. Or chaque pays possède ses propres critères d’acceptation des candidatures (âge, situation familiale..) et ses voies d’adoption. Si le pays a adopté la Convention de La Haye, le candidat a le choix de passer par l’Agence française de l’adoption ou un opérateur privé habilité, les OAA. La démarche individuelle est interdite. Si ce n’est pas le cas, les candidats peuvent s’adresser directement au pays concerné par l’intermédiaire du Ministère des affaires étrangères et européennes ou faire appel à l’AFA ou aux OAA, en fonction de leurs implantations.
Comment expliquez-vous la part importante des démarches indivi-duelles (37,9%) pour l’adoption internationale, alors qu’il y a une multitude d’opérateurs ?
Cela représente pourtant un vrai risque : les procédures collectives ont justement été créées pour protéger à la fois l’enfant et les parents adoptants face à toutes les dérives existantes. Pour autant, notre pays doit se doter d’une organisation plus efficace de l’adoption internationale. C’est au plus près des orphelinats que doivent être redéployés les moyens : nous avons besoin à la fois d’une Agence française de l’adoption qui soit un opérateur public plus présent sur le terrain et des opérateurs privés confortés dans leurs missions et davantage professionnalisés.
Dans votre rapport, vous avez suggéré l’idée de créer une formation pour les candidats à l’adoption, quel serait son objectif ?
Force est de constater qu’aujourd’hui l’information sur la réalité de l’adoption est insuffisante et l’accompagnement des candidats à l’adoption par les travailleurs sociaux aléatoire. Or plus les parents sont informés en amont, plus l’adoption se passe bien. On ne peut pas négliger le fait qu’un enfant adopté est marqué par un traumatisme de départ, celui de l’abandon. Il faut savoir l’affronter et ce n’est pas si simple, surtout au moment de l’adolescence, quand l’enfant est confronté à un problème d’identité. A cela s’ajoute sa relation avec la société française : il peut être confronté à des difficultés du fait de son origine.
La rédaction de BébéVallée
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